Que vont-ils devenir ?

"SDF parisien" par c-reel.com sur Flickr Les numéros 391 et 392 de la revue "Economie et statistique" de l’Insee étudient une causalité entre le placement des enfants et la situation de SDF. Je passe sur les conceptions bourdieusiennes[relatif  aux thèmes du sociologue français Pierre Bourdieu*] pour me focaliser sur l’effet du placement de 150 000 enfants chaque année en France. Je me permets aussi de ne pas noyer le poisson en faisant des (dé)raisons desdits placements la cause première des désastres sur l’enfant devenu adulte. Ceci car les raisons exposées sont en réalité invoquées par les sévices sociaux et entérinées par la magistrature, elles sont donc loin d’être avérées.

*Les thèmes de Bourdieu sont dominés par l'analyse des mécanismes de reproduction des hiérarchies sociales. Il insiste sur l’importance des facteurs culturels et symboliques dans cette reproduction et critique le primat donné aux facteurs économiques dans les conceptions marxistes. Il entend souligner que la capacité des agents (des fonctionnaires d'État, des "riches", des "aristocrates", des "artistes", d'"intelligentsia") en position de domination à imposer leurs productions culturelles et symboliques joue un rôle essentiel dans la reproduction des rapports sociaux de domination. Ce que Pierre Bourdieu nomme la violence symbolique, qu’il définit comme la capacité à faire méconnaître l’arbitraire de ces productions symboliques, et donc à les faire admettre comme légitimes, est d’une importance majeure dans son analyse sociologique. (source Wikipédia)

Ce qui apparaît cependant est la socialisation tout à fait particulière d’enfants en dehors d’un contexte familial stable. À cet égard il apparaît évident que l’enfant placé vit sa situation comme celle d’un abandon avec l’influence que cela peut avoir sur l’estime de soi. Le contact avec d’autres enfants plus ou moins perturbés par leur situation est également fortement anxiogène d’autant que les foyers sont aussi des lieux de violence et d’abus de toutes sortes, que les familles d’accueil n’ont pas le droit de s’attacher aux enfants confiés. La relation à l’adulte est a-familiale, les fonctionnaires de l’aide sociale à l’enfance étant tout sauf des référents familiaux et des modèles auxquels s’identifier. Au mieux l’enfant se créé son univers et ses propres repères, au pire il y subit de graves maltraitances dans l’indifférence, voire avec la complicité de ceux qui sont censés le protéger, le faire grandir et qui sont pour lui des images d’autorité dévoyée.  

On peut donc comprendre les rapports à l’autorité difficiles, et même les comportements anomiques [d'Anomie - le terme est introduit par Émile Durkheim dans son ouvrage De la division du travail social pour décrire une situation caractérisée par l'effacement des valeurs morales et civiques (d'où le dérèglement d'ordre social) et le sentiment d'aliénation associé à cette perte] adoptés par nombre de ces enfants devenus adultes ; leur rejet de tout système socialisant à commencer par l’univers du travail et quelquefois même la structure familiale vécue comme une charge de responsabilité impossible à assumer.
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Ainsi la sortie des circuits aliénants des services de "l’aide à l’enfance" conduit souvent à la marginalisation et cela d’autant plus que le placement a été long : 40 % des 18-24 ans ayant subi un placement se retrouvent un moment donné clochards, contre 2 % de la population totale. Pire encore, cette population clochardisée de victimes de l’ASE (aide sociale à l’enfance) développe souvent des troubles mentaux et une forte dépendance à l’assistanat. La clochardisation n’est donc pas une façon de vivre son autonomie, mais une incapacité d’assumer des responsabilités même quand une perche est tendue.

Cette population est donc fortement stigmatisée pourtant le jeune devenu clochard n’est pas un fainéant ou simplement un rebut de la société mais une victime des sévices sociaux. Il est tout simplement incapable de sortir facilement des représentations que lui ont imposé ses éducateurs de par les conceptions sociales qui sont les leurs, mais également du statut qu’ils lui ont imposés. La fréquence des suicides dans cette population est donc évidemment double à la fréquence moyenne des suicides en France. Ces drames peuvent aussi se dérouler durant les placements, une étude des sociologues Pronovost et Leclerc menée au Québec montre que 54 % des suicides sont consécutif à des refus de placement par le jeune, attaché à son milieu familial.
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Les 60 % restant des enfants placés s’insèrent davantage, pire serait difficile. Mais ils restent en général très dépendants de l’assistanat et sont touchés par des troubles psychologiques. Dans les conceptions bourdieusiennes de l’analyse produite pour le compte de l’INSEE, est évoquée une volonté de tabler sur un capital santé dont la défaillance serait un atout puisqu’elle " ouvre droit à des prestations ou allocations, par exemple accident du travail ou allocation adulte handicapé ". Il aurait été bien plus simple de dire que l’enfant devenu adulte cherche à attirer l’attention par ses souffrances et a été conditionné à la prise en charge de ses besoins. Certes nous le sommes tous plus ou moins dans le cadre d’un État Providence qui émousse la responsabilisation et l’initiative individuelle.
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Enfin n’oublions pas dans ces 60%, les enfants touchés par l’effet résilience* et rendus plus forts dans leurs épreuves. Cependant la fonction de l’ASE et des juges des enfants n’est pas de faire du darwinisme social [doctrine évolutionniste qui postule que la lutte pour la vie entre les hommes est l'état naturel des relations sociales est la source fondamentale du progrès] en cassant irrémédiablement la moitié des enfants qui passent entre leurs mains pour en faire naître une petite élite.

*La résilience (à l'origine, un terme qui explique la résistance des matériaux aux chocs) est un phénomène psychologique qui consiste, pour un individu affecté par un traumatisme, à prendre acte de l'événement traumatique pour ne plus vivre dans la dépression. La résilience serait rendue possible grâce à la réflexion, à la parole, et à l'encadrement médical d'une thérapie, d'une analyse. (source Wikipédia)
Nous pressentions dans notre chair la monstruosité du système mis en place au nom de "l’aide à l’enfance", avec le recul les statistiques confirment ce pressentiment, tout en brouillant une réalité et des responsabilités par l’usage d’un jargon pseudo sociologique. Mais le constat fait, le dossier se referme comme si nous avions affaire à une fatalité.
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Ah c’est vrai, ce ne sont pas les services de l’État qui vont couper la branche sur laquelle ils posent leur prose. Il faut bien 8 milliards d’euros par an pour faire vivre tout ce petit monde et assurer la reproduction de la pauvreté et du malheur, c’est là le gagne-pain de l’ASE et d’une certaine magistrature qui se range à leurs positions au mépris des familles : Ils aiment tellement les pauvres qu’ils en créent par centaines de milliers.
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Xavier Collet

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Addendum :

Ensemble de réflexions très justes, auxquelles je me permettrai d'apporter un argument supplémentaire, valable y compris voire surtout en entrant dans le jeu des tenants de l'interventionnisme social :

En effet, même si les "raisons" qui motivent le placement d'un enfant étaient de même nature que celles qui peuvent conduire quelqu'un à la marginalité, même si tous les enfants placés avaient avant le placement "vocation" au malheur, alors de toute façon le système fait la preuve de sa totale inefficacité. Et plus il se prétend le bon système, plus la statistique lui fait mal.

Comme souvent, mais de façon encore plus énorme cette fois, les "études" commandées par des fonctionnaires à d'autres fonctionnaires pour prouver l'utilité d'un groupe de parasites se retournent contre leurs commanditaires. A la fin ça finira peut-être par se voir...
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Pascal Titeux

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"Rencontre avec des enfants de la DDASS" - une enquête de TF1 diffusée le 20 avril 2010

 

140 000 enfants sont pris en charge chaque année par l'aide sociale à l'enfance – l’ASE. Autrefois on les appelait les enfants de la DDASS. Que sont-ils devenus ? Vous souvenez-vous des propos de l’inspecteur général des affaires sociales qui disait sur France 2 que la moitié des placements d’enfants (70 000), en institutions ou en familles d’accueil, pourrait être évité, donc qu’il est injustifiable ? Comment dans se cas ne pas croire que 40% au moins des SDF d’aujourd'hui sont des anciens enfants de la DDASS (ASE) ?

Au nom de la protection de l'enfance, ses enfants ont été retirés à leurs parents et ils ont perdu tous les liens et repères identitaires et culturels avec leurs origines. Ils ont subi une rupture affective grave avec toutes les conséquences pour leur santé psychologique et ils ont oublié ce qu’est une vraie famille. Alors soit ils deviennent des parents qui à leur tour risquent de se voir privés de leurs enfants car ils ne pourront leur transmettre ce qu’ils n’ont pas reçu, soit ils deviennent SDF car la société, dont les règles, à cause de leur enfance gâché, ils ne connaissent pas vraiment, les rejette.

Boris Tanusheff

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