Souvenez-vous de l'affaire d'Outreau au cours de laquelle des gens honnêtes ont été souillés, emprisonnés et leur vie gâchée à jamais. Que croyez-vous qu'il soit arrivé au juge responsable de cette horreur ?… Nommé à Paris pour digérer plus facilement sa réprimande. Visiblement le mot d’ordre du camarade Staline " Les cadres décident de tout " est plus que jamais d’actualité dans l’esprit corporatiste des juges français.
Dans cette optique, la fronde des magistrats grévistes (170 tribunaux ont été en grève sur 195) est compréhensible mais pas pardonnable. En se posant en victimes, pour des critiques à l’égard du dysfonctionnement du système judiciaire, ils témoignent de la déviante perception qu’ils ont de leur mission.
Rappel des faits qui ont provoqué leur réaction.
En visite dans un commissariat d'Orléans, deux jours après la découverte du corps démembré de la jeune Laëtitia Perrais, le chef de l’Etat, en tant que premier magistrat de France, a évoqué en substance l’un des principes de la justice : " Ceux qui ont couvert ou laissé faire cette faute (le suivi raté du principal suspect, multirécidiviste), seront sanctionnés, c’est la règle ".
Pour Nicolas Sarkozy " il y a eu un certain nombre de dysfonctionnements " et des décisions seront prises pour y remédier. De leur côté, Michel Mercier, le ministre de la Justice et Brice Hortefeux, le ministre de l’Intérieur, avaient pointé " une défaillance de la chaîne pénale " prônant une série de mesures, dont l’appel à des retraités de la justice pour combler le manque de personnels. On ne pouvait qu'approuver tous ces propos qui annonçaient l’ouverture d’une réforme du statut de la magistrature autre que celle uniquement basée sur des rallonges budgétaires.
Seulement voila, le Conseil Supérieur de la Magistrature qui est en charge de la gestion des carrières ainsi que de la discipline des magistrats, et qui est présidé d’ailleurs par le Président de la République, a jugé bon de réaffirmer ses prérogatives : " la mise en œuvre de la responsabilité disciplinaire des magistrats obéit à des règles précises ". Il est vrai que tout autre que le chef de l’Etat ou l’un de ses ministres se serait pris outrage à magistrat pour leurs paroles de vérité. Pourtant si outrage il y en a dans cette affaire d’insubordination "magistrale" il est davantage porté contre le peuple français puisque les magistrats grévistes se sont délibérément mis dans l’illégalité et ont insulté les justiciables par leur comportement irrespectueux.
Pour autant, ils ne seront pas indéfiniment en mesure de contourner l’indispensable débat sur la justice. Un tel débat doit se situer sur le terrain de la démocratie et ne pas s’arrêter à la proclamation de façade "Au nom du peuple" ornant tous les jugements rendus. La démocratie s’exerce aussi par le peuple et pour le peuple. Ces exigences démocratiques font largement défaut à la justice actuelle qui usurpe l'onction populaire pour ne rendre compte à personne, un comportement digne plutôt des institutions des régimes soi-disant "populaires" qui avaient cours derrière le rideau de fer.
Plus grave encore, la justice se cache derrière le manque de moyens pour dissimuler le corporatisme de sa profession et ne pas regarder la réalité en face. Héritiers d'un grand nombre de privilèges, les magistrats sentent qu’ils sont en train de se déposséder de leur mainmise sur le "troisième" pouvoir. Une conséquence de l’insuffisance de leur discernement entre autorité et pouvoir et de leur perte d’influence d’antan sur l'évolution sociale des citoyens qui sortent désormais de leur rôle de patients justiciables et entrent dans le jeu de la patience démocratique.
Issue de la séparation des pouvoirs prônée dans le contrat social, la justice est la seule du triptyque institutionnel qui ne soit pas soumise à l’approbation d’un vote. Simplement nommés au départ, sans prouver par leur sagesse qu’ils méritent leurs postes, ses fonctionnaires, qui ne sont aucunement menacés par la sanction d’une élection périodique, exercent leur métier sans aucune contrainte d’ordre axiologique. De surcroît, ils héritent d'un statut qui servait autrefois la monarchie absolue et qui est, pour cette raison, frappé du sceau de l'inamovibilité. La magistrature en a développé un ego surdimensionné et un esprit de caste partagé entre "camarades" syndicalistes et "frères" maçonniques, tous avides de pouvoir.
J'illustrerai mes propos par un exemple particulier – la juge contestataire (elle a aussi signé la pétition contre la réforme de la nouvelle carte judiciaire) qui a retiré mes enfants en suite d’une délation, lors d’une de nombreuses audiences pour la prolongation du placement (7 en tout, donc assez de temps et des moyens pour que le dossier soit largement étudié), m’a annoncé que tant que je contesterai sa décision, je ne serais pas prêt à revoir mes enfants. Elle ajoutera que cela pouvait durer des années ! Or, ce n’était point la vérité qui comptait en ce moment, ni l’intérêt supérieur des enfants, ni la souffrance des parents. Non, ce qui est mis en avant est seulement la volonté d’asseoir un jugement, tout arbitraire soit-il et peu importe qu'il soit à rebours des valeurs morales dont fait partie le juste. Mais je suppose que ces valeurs s’atrophient vite chez un individu forcement frustré par la capacité limitée de sa personnalité face à l’immense pouvoir qu’on lui a accordé.
Et comment ceci peut-il être autrement puisqu’elle n'avait pas à craindre la sanction de l’instance supérieure. Malgré des dizaines des vices de forme et de procédure établies par mon avocat et moi-même, le juge de la cour d’appel, fidèle à sa caste, n’a pas voulu que le dossier soit réexaminé sur le fond et a même menacé l’avocat de le faire sortir de la salle s’il persistait dans cette direction ! La cour de cassation, à son tour, a refusé de s’engager au motif qu’il n’existerait "aucun moyen sérieux" de cassation susceptible d’être soulevé contre la décision du juge d’appel qui pourtant, pour défendre la sentence arbitraire de sa "consœur", a soigneusement écarté du dossier toutes les preuves en faveur de ma famille.
Mais revenons-en au mobile d'action du corps des magistrats. Le président de la République a mis en cause la façon dont les juges ont traité le dossier d'un multirécidiviste qu’ils ont laissé en liberté non surveillée. Ce criminel a sauvagement assassiné une jeune fille et lorsque que les lacunes du système ont été pointées du doigt, ils se sont sentis outrés pour avoir été mis en cause. En conséquence, ils ont décidé de faire grève en signe de protestation car ils estiment qu’ils n’ont pas de compte à rendre à qui que ce soit.
Cependant même si on peut, pour la forme, leur donner raison - leur ministre de tutelle a déjà exclu des sanctions contre les magistrats, car le rapport interne qu'on lui a remis mentionne des "carences manifestes" mais pas de faute grave - face à leur responsabilité morale individuelle, tout comme dans l'affaire d'Outreau, pas un seul ne songe à faire "mea culpa" ou au moins à se remettre en question. Ils se considèrent comme gardiens irréprochables du dogme d’infaillibilité de l'État (un État bien aliénant dans son abstraction) avec lequel ils s’identifient.
Ceux qui prescrivent les lois doivent être les premiers à les respecter. Rappelons au passage que les magistrats sont privés du droit de grève. Par leur grève illégale ils démontrent clairement que leur pouvoir démesuré ne peut qu’être néfaste quand on a affaire à des hommes et des femmes qui se perçoivent au-dessus du commun des mortels, qui se croient chargés d'une tâche suprême et qui confondent "rendre la justice" avec "faire la loi". Le fait d'être les redresseurs de tous les conflits publics et privés, des problèmes d'ordre ou des dysfonctionnements administratifs, a apparemment suscité chez les magistrats le sentiment illusoire qu'ils seraient l’instrument transcendantal (condition a priori de possibilité), donc fondamental, de la paix sociale.
Toutefois, n’en déplaise à leurs syndicats qui aspirent à transformer l’autocratie de leurs membres en domination politique, il faut que le système change pour stopper la dérive absolutiste de la justice et préserver la souveraineté du justiciable. La justice est un service public donc au service des citoyens et non l'inverse. Il faut contrôler les juges par la voie des urnes et par l’intégration des jurés populaires là où la conscience s’avérait indispensable comme garde-fou du "professionnalisme". Personne ne doit s’approprier le droit de parler au nom du peuple sans être élu ou sans être surveillé par ses élus.
Le soi-disant manque d’effectifs et de moyens n’est qu’un prétexte et un argument fallacieux pour excuser le mouvement des magistrats car la réduction de leurs effectifs n’est qu’un mythe - 60 102 agents en 1997 et 73 594 agents en 2010 ; budget 2011 : 7,128 milliards €, en hausse de 51% par rapport de 1997 (l’année du gouvernement Jospin). Pourtant, par la voix du président de leur syndicat majoritaire, l’USM, ils réclament 3 milliards d’euros sur 5 ans (à peu près 10% d’augmentation par an de leur budget), aux frais des contribuables, ça va de soi ! Mais même dans l’hypothèse téméraire qu'ils auraient raison de se plaindre de leur salaire et des moyens mis à leur disposition, cela ne les autorise pas à bâcler les dossiers, libre à eux de chercher un autre métier plus proche de leurs attentes pécuniaires.
Entre parenthèses, au moment où les magistrats font grève et les agents de probation de Loire-Atlantique nient toute erreur car c'est comme toujours par manque allégué d'effectifs que le suivi de Tony Meilhon, le meurtrier présumé, avait été abandonné, une enquête révèle qu'il y a 32 % d'absentéisme parmi les personnels de probation. Or, ils évoquent les moyens là où il faudrait rappeler la conscience professionnelle et la conscience tout court.
Protégé par le bouclier de leur corporatisme, les fonctionnaires de la justice sont devenus trop orgueilleux de leur personne. Ils ne se remettent jamais en cause car, selon eux, ils ne commettent jamais d'erreur. Apparemment cette stratégie de défense basée sur la méthode Coué leur réussit bien car il n’y a pas de juge suicidé sous la pression de ses remords, par contre il y a des milliers de gens poussés au suicide par leurs décisions. Selon le journal Ouest-France, on compte aujourd’hui près de 2000 suicide par an de pères séparés de leurs enfants ! .......
....... Le 7 février dernier, le Premier ministre François Fillon a dénoncé la réaction "excessive" des magistrats grévistes. En soutien de son intervention, Brigitte Barèges, députée-maire de Montauban, a lancé le jour même un appel aux magistrats, cosigné par des députés UMP membres du groupe "collectif de la droite populaire". Tous condamnent le caractère syndicalo-politique gauchiste de la grève du milieu juridique qui se déclare en effet au dessus de la loi en refusant la critique et l'éventuelle sanction s'il y a des fautes avérées. *
Trois jours plus tard, le 10 février, aux magistrats rassemblés devant le palais de justice de Nantes, le père d'accueil de la fille assassinée, a jeté que " Vous vous servez du drame que nous vivons pour votre manifestation. " Ensuite, devant la presse, il a poursuivi " Il y a peut-être un manque de moyens, mais ce n'est pas mon problème. En même temps, l'ex beau-frère de Tony, interrogé par Europe1 a expliqué que " La justice a été prévenue des dizaines de fois qu'il allait tuer quelqu'un un jour (…) ce qu'il s'est passé aurait pu être évité ". Puis, quand le journaliste lui demande son sentiment sur la manifestation des magistrats, il a répondu : " Elle est typiquement corporatiste, c'est-à-dire on s'attaque à nous, on se protège et on dit qu'on n'est pas content. " !
Boris Tanusheff
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P.S. Comme significative, je vous propose et la réaction d'un lecteur du Nouvel Obs qui, en commentant l'un de ses articles sur la grève des juges, qualifie la justice comme une "zone de non-droit" :
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"typiquement corporatiste" - vidéo
"En mémoire de Laëtitia" - vidéo
Cette vidéo est dédiée à Jessica, la soeur jumelle de Laëtitia, Kevin son petit ami, ainsi qu'à sa famille. POUR QUE CES HORREURS NE SE REPRODUISENT PLUS JAMAIS !!!
1. 17/02/2011
Je crois bien que les français ont jugé leurs juges et j'approuve tout à fait la vision qui en est donnée dans cet article.
2. 18/02/2011
Si vous Portez plainte contre "un des leurs" pour protéger vos enfants
Votre enfant victime devient l'esclave de la justice
Il reste avec son bourreau ou sera placé
Cet enfant otage "volé" sacrifié par le système.
Alors comment protéger son enfant ????
Tout faire sauf la justice
3. 25/02/2011
Carences de la justice ou...carences alimentaires?
Tony Meilhon n'a pas fait semblant de se suicider parce qu'il éprouvait des remords suite à ses actes abjects, mais parce qu'il ne trouvait pas la nourriture de la prison à son goût!
On aurait pu penser qu'après avoir démembré un être humain, il serait légérement indisposé. Que nenni! Cela semble au contraire lui avoir ouvert l'appétit...
Après Nicolas Sarkozy dénonçant les carences de la justice, voici donc Tony Meilhon dénonçant les carences de l'alimentation pénitenciaire...
La bouffe de l'administration, dont se contentent pourtant tous les fonctionnaires, n'est pas assez copieuse pour lui...
On peut donc légitimement craindre qu'il ne remédie au problème très rapidement: en effet, lors de sa dernière incarcération, il avait violé un co-détenu... Cette fois, au vu de ses talents de boucher, il risque d'en dévorer un autre.
Ami Lecter, saches que c'est ce genre de personnage que nos "experts" et juges relâchent dans la nature...
4. 01/03/2011
Pourquoi Tony Meilhon ne rentre pas en prison
Tony Meilhon a été transféré au sein de l'Unité pour malades difficiles de Plouguernével (22). Le principal suspect dans le meurtre de Laëtitia Perrais n'a donc pas regagné la prison de Rennes après sa tentative de suicide.
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